Adresser une patiente enceinte à un ostéopathe soulève deux questions légitimes : que fait-il exactement, et sur quelles preuves ? Cette page y répond sans détour. Le cadre réglementaire (décret n° 2007-435), les études publiées et leurs limites, les indications, les situations où l'adressage n'a pas sa place, et la coordination avec vous. Elle s'adresse aux sages-femmes, gynécologues-obstétriciens, médecins généralistes et masseurs-kinésithérapeutes.
L'essentiel en 5 lignes
- L'ostéopathe prend en charge les douleurs lombo-pelviennes mécaniques de la grossesse et du post-partum, en techniques externes et douces, 45 minutes par séance.
- Cadre : décret n° 2007-435 ; manipulations gynéco-obstétricales et touchers pelviens interdits ; obligation d'orientation médicale.
- Preuves : essai randomisé PROMOTE (400 femmes), revue Cochrane 2015, méta-analyse Franke 2017 ; limite : pas de supériorité sur une intervention simulée (Hall 2016).
- Adresser pour : lombalgie, ceinture pelvienne, pubalgie, sciatalgie sans déficit, cervicalgies, douleurs costales, post-partum mécanique.
- Ne pas adresser avant avis médical : tout signe d'alerte obstétrical ; aucune promesse sur le siège, le déclenchement ou la durée du travail.
Que fait l'ostéopathe lorsque vous lui adressez une patiente enceinte ?
Un bilan mécanique, des techniques manuelles externes et douces, et des conseils, dans une séance de 45 minutes. L'anamnèse reprend le terme, les antécédents, le suivi en cours, vos conclusions et vos consignes. L'examen porte sur la mobilité du bassin (sacro-iliaques, symphyse), du rachis, des hanches, du diaphragme et du gril costal, puis des cervicales et des membres supérieurs selon le motif.
La patiente est installée en décubitus latéral ou semi-assise, avec des coussins. Aucun appui abdominal, aucune manipulation forcée. Les techniques : mobilisations articulaires lentes, techniques tissulaires et musculaires, travail du diaphragme et de la respiration. La séance se termine par des conseils posturaux (lever, sommeil, port de charges, ceinture pelvienne si indiquée). Rythme proposé hors douleur installée : vers 20, 28 et 36 SA, puis à 6 semaines du post-partum (calendrier conseillé). En cas de douleur installée, deux ou trois séances rapprochées.
Dans quel cadre réglementaire l'ostéopathe prend-il en charge une patiente enceinte ?
Celui du décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie. Trois points vous concernent directement.
- Les actes interdits. L'article 3 interdit aux ostéopathes non médecins les manipulations gynéco-obstétricales et les touchers pelviens. Toute approche du périnée se fait par voie externe, à travers le bassin ; le site et le cabinet ne proposent aucune technique interne.
- L'obligation d'orientation. L'article 2 impose à l'ostéopathe non médecin d'orienter la patiente vers un médecin lorsque les symptômes nécessitent un diagnostic ou un traitement médical. Même chose en cas de persistance ou d'aggravation. En pratique : tout signe d'alerte obstétrical renvoie vers la maternité avant toute séance.
- Pas de diagnostic médical. L'ostéopathe établit un bilan fonctionnel, pas un diagnostic. Il ne modifie ni ne commente le suivi médical, le traitement ou le protocole en cours.
Les praticiens du cabinet et de l'annuaire ont un diplôme reconnu, un enregistrement auprès de l'ARS, une assurance en responsabilité civile professionnelle et une formation en périnatalité. Ils s'engagent sur une charte : aucune promesse sur l'accouchement, la présentation fœtale ou la fertilité.
Sur quelles preuves adresser une patiente enceinte à un ostéopathe ?
Sur une preuve de qualité modérée pour la lombalgie et la douleur pelvienne de grossesse, et sur une honnêteté assumée quant à ses limites.
- Hensel et al., essai PROMOTE, Am J Obstet Gynecol 2015 (doi.org/10.1016/j.ajog.2014.07.043). Essai randomisé contrôlé, 400 femmes au 3e trimestre, 7 séances sur 9 semaines. Moins de douleur et moins de perte de fonction que les soins habituels (p < 0,001) ; pas de passage à une grossesse à risque lié au traitement. Limite : pas de supériorité sur le placebo-échographie.
- Liddle et Pennick, revue Cochrane 2015 (doi.org/10.1002/14651858.CD001139.pub4). 34 essais, 5 121 femmes. Preuve de qualité modérée que la thérapie ostéopathique réduit la lombalgie et l'incapacité ; effets indésirables mineurs et passagers. Exercice : preuve faible à modérée.
- Franke et al., méta-analyse, J Bodyw Mov Ther 2017 (doi.org/10.1016/j.jbmt.2017.05.014). 5 essais grossesse, 3 post-partum. Effet moyen sur la douleur (−16,7/100) et la fonction pendant la grossesse, preuve de qualité modérée ; effet plus large mais preuve plus faible après l'accouchement.
- Hall et al., méta-analyse, Medicine 2016 (doi.org/10.1097/MD.0000000000004723). 10 études, 1 198 femmes. Thérapies manuelles supérieures aux soins habituels sur la douleur, mais pas supérieures à une intervention simulée. Nous le disons à nos patientes.
- Arruda Correia et al., PLoS One 2024 (doi.org/10.1371/journal.pone.0300514). Étude prospective, 51 femmes au 3e trimestre, Doppler : aucun effet sur la circulation utéro-placentaire et fœtale après la séance ; constantes maternelles dans la norme.
Nous ne citons aucune autre étude. Nous ne revendiquons aucune donnée sur la durée du travail, le déclenchement, la version du siège, la prématurité, la fertilité ou les nausées. Chaque référence est expliquée en français simple sur le site : l'essai PROMOTE, les limites de la méta-analyse de 2016.
Quand adresser une patiente enceinte à un ostéopathe ?
Pour une douleur mécanique, une fois les causes médicales écartées par votre examen. Les indications où l'adressage a du sens :
- Lombalgie de grossesse (plus de 2 femmes sur 3) et douleur de la ceinture pelvienne (environ 1 sur 5), sacro-iliaques ou symphyse, avec ou sans ceinture.
- Pubalgie gênant la marche, sciatalgie de posture sans déficit neurologique, douleur du coccyx.
- Cervicalgies, dorsalgies, douleurs costales du 3e trimestre, canal carpien de grossesse léger en complément de l'attelle.
- Préparation du bassin en fin de grossesse (36 à 41 SA), pour la mobilité et le confort, en complément de la préparation à la naissance.
- Post-partum : bassin, lombaires, coccyx, dorsalgies de l'allaitement et du portage, cicatrice de césarienne fermée (travail externe), en parallèle de la rééducation périnéale (ostéopathie après l'accouchement).
Les situations où la séance s'adapte sans être contre-indiquée : grossesse gémellaire, placenta bas inséré, menace d'accouchement prématuré, cerclage, hypertension ou diabète gestationnel, antécédent de fausse couche tardive. Signalez-les dans votre courrier : l'ostéopathe choisit ses techniques en conséquence. La répartition des rôles avec la kinésithérapie et le suivi sage-femme est sur qui fait quoi pendant la grossesse.
Quand ne pas adresser, ou pas avant un avis médical ?
Devant tout signe d'alerte obstétrical : la patiente doit d'abord être vue par la maternité. L'ostéopathe applique la même liste, affichée sur chaque page du site.
Quand appeler la maternité avant tout
Ces signes demandent un avis médical le jour même. Ce n'est pas l'ostéopathie qui est en cause : c'est le signe qu'il faut vérifier d'abord.
- Saignements, quelle que soit la quantité
- Perte de liquide clair et continue (rupture de la poche des eaux)
- Contractions régulières et douloureuses avant 37 SA
- Fièvre au-dessus de 38 °C
- Bébé qui bouge nettement moins ou plus du tout (après 24 SA)
- Maux de tête violents avec troubles de la vue, gonflement brutal du visage ou des mains, douleur « en barre » sous les côtes (signes de pré-éclampsie)
- Douleur abdominale intense ou ventre dur en permanence
- Mollet douloureux, chaud, rouge d'un seul côté (phlébite)
- Démangeaisons intenses des paumes et des plantes des pieds (cholestase)
- Vomissements qui empêchent de boire (hyperémèse)
- Chute, choc sur le ventre, accident de voiture
Une fois le feu vert donné, l'ostéopathe peut vous accompagner comme n'importe qui d'autre.
S'y ajoutent les douleurs qui relèvent d'abord de vous : sciatalgie avec déficit moteur ou troubles sphinctériens, douleur thoracique avec dyspnée, lombalgie fébrile ou avec signes urinaires. Enfin, nous déclinons tout adressage visant à retourner un siège, faire démarrer le travail, raccourcir l'accouchement ou améliorer la fertilité. Aucune preuve ne le soutient, et nous le disons à la patiente.
Comment coordonner la prise en charge d'une patiente enceinte adressée ?
Par un courrier court à l'aller, et un compte rendu au retour si vous le souhaitez. Votre courrier, ou un mot dans le carnet de la patiente, nous donne l'essentiel : terme, motif, particularités de la grossesse, consignes éventuelles (repos, contention, ceinture). Aucune ordonnance n'est nécessaire. Elle n'ouvre pas de droit à remboursement : l'ostéopathie n'est pas prise en charge par l'Assurance Maladie, seulement par la plupart des mutuelles (1 à 4 séances par an).
Au retour, avec l'accord de la patiente, nous vous adressons un compte rendu bref : bilan, techniques utilisées, conseils donnés, nombre de séances envisagé, éléments qui vous reviendraient. Si une patiente présente un signe d'alerte le jour de la séance, nous ne la prenons pas en charge. Nous la renvoyons vers la maternité, et nous vous prévenons si vous êtes joignable. Vous êtes la bienvenue dans la boucle à tout moment, par téléphone ou par e-mail.
Contact professionnel
Aloïs Ruetsch, ostéopathe D.O. (CEESO Paris), cabinet Pôle Ostéo, 22 rue Gounod, 06000 Nice. Pour adresser une patiente, échanger sur un cas ou recevoir un compte rendu : 04 93 85 91 84 ou contact@osteopathe-femme-enceinte.com. Consultations au cabinet (90 €) et à domicile à Nice (120 €), 45 minutes. Hors Nice, l'annuaire des ostéopathes formés à la grossesse est consultable sur la page Trouver un ostéopathe. Les ostéopathes souhaitant y figurer trouveront les conditions sur rejoindre l'annuaire.
Vos questions
Une ordonnance est-elle nécessaire pour adresser une patiente enceinte à un ostéopathe ?
Non. L'ostéopathe se consulte en accès direct, et une ordonnance n'ouvre aucun droit à remboursement par l'Assurance Maladie. Un courrier reste précieux : terme, motif, particularités de la grossesse, consignes. Un mot dans le carnet de la patiente remplit le même rôle. En retour, nous vous adressons un compte rendu si la patiente l'accepte.
Peut-on adresser une patiente sous repos pour menace d'accouchement prématuré ?
Oui, à condition de nous le signaler ; nous vous recontactons avant la séance si un doute subsiste. La menace d'accouchement prématuré fait partie des situations où la séance s'adapte : techniques très douces, à domicile si vous le préférez, sans mobilisation inutile. En revanche, des contractions régulières et douloureuses le jour de la séance renvoient la patiente vers la maternité avant toute prise en charge.
Que contient le compte rendu de l'ostéopathe ?
Une page au plus. Motif et terme, bilan fonctionnel (mobilité du bassin, du rachis, du diaphragme), techniques utilisées (toutes externes), conseils donnés, nombre de séances envisagé. Puis les éléments qui vous reviendraient, comme une douleur atypique ou un signe d'alerte rapporté en séance. Il est transmis avec l'accord de la patiente, par le canal que vous préférez. Il ne comporte ni diagnostic médical, ni avis sur le suivi ou le traitement en cours.
Rédigé par Aloïs Ruetsch, ostéopathe D.O. (CEESO Paris), fondateur du cabinet Pôle Ostéo à Nice. 15 ans de pratique, plus de 10 000 consultations, membre du SFDO.
Relu par un ostéopathe du cabinet · Mis à jour le 30 octobre 2026
- Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie (Légifrance), articles 2 et 3.
- Hensel K.L. et al., essai PROMOTE, Am J Obstet Gynecol 2015, doi.org/10.1016/j.ajog.2014.07.043.
- Liddle S.D., Pennick V., revue Cochrane 2015, doi.org/10.1002/14651858.CD001139.pub4.
- Franke H. et al., méta-analyse, J Bodyw Mov Ther 2017, doi.org/10.1016/j.jbmt.2017.05.014.
- Hall H. et al., méta-analyse, Medicine 2016, doi.org/10.1097/MD.0000000000004723.
- Arruda Correia M.L. et al., PLoS One 2024, doi.org/10.1371/journal.pone.0300514.
- HAS, « Suivi et orientation des femmes enceintes en fonction des situations à risque » ; Assurance Maladie (ameli.fr), « Le suivi de la grossesse » ; CNGOF.
Les informations de ce site complètent le suivi de votre grossesse par votre sage-femme ou votre médecin et ne le remplacent pas. En cas de doute, appelez votre maternité.