Travailler enceinte est possible jusqu'au congé maternité pour la plupart des femmes, à condition d'adapter la posture, de prendre de vraies pauses et de demander les aménagements auxquels vous avez droit. Assise, le dos calé et les pieds à plat ; debout, en alternant les appuis avec des bas de contention ; et dans tous les cas, on bouge toutes les heures. Le médecin du travail est votre allié, et il peut être sollicité à tout moment.
L'essentiel en 5 lignes
- Assise : dos calé contre le dossier, pieds à plat, genoux à hauteur des hanches, écran à hauteur des yeux, avant-bras posés.
- Debout : alterner les appuis, un pied sur un marchepied, bas de contention, chaussures stables, s'asseoir dès que possible.
- Dans tous les cas : se lever ou s'asseoir toutes les heures, marcher deux minutes, boire, et fractionner les tâches lourdes.
- Vous pouvez demander une visite au médecin du travail à tout moment ; il peut aménager votre poste, vos horaires ou votre affectation.
- Le dos, les cervicales, les jambes lourdes et le canal carpien sont les plaintes du bureau et du travail debout : l'ostéopathe y a sa place.
Travailler enceinte assise : comment s'installer au bureau ?
Pour travailler enceinte assise, l'objectif est que la chaise porte votre dos à votre place. Réglez la hauteur pour avoir les pieds à plat au sol (ou sur un repose-pieds) et les genoux à hauteur des hanches, ou un peu plus bas. Calez le bas du dos contre le dossier, avec un petit coussin lombaire si le creux n'est pas soutenu. L'écran se place à hauteur des yeux et à une longueur de bras, le clavier assez près pour que les avant-bras reposent sur le bureau, épaules relâchées ; un ordinateur portable se surélève, avec un clavier séparé.
Plus le ventre grossit, plus on a tendance à s'asseoir au bord de la chaise, le dos rond, pour laisser de la place : c'est la posture qui réveille le mal de dos. Reculez-vous à fond, écartez légèrement les genoux, et gardez le ventre libre. Les cervicales et les épaules souffrent de l'écran trop bas ; les poignets, du clavier trop haut, surtout si un canal carpien s'installe au 3e trimestre. Un ballon de bureau peut remplacer la chaise par courtes périodes, pas la journée entière.
Travailler enceinte debout : alterner, soutenir, s'asseoir
Le travail debout prolongé fatigue le dos, gonfle les jambes et pèse sur le périnée. Vendeuses, coiffeuses, soignantes, enseignantes, restauratrices : les gestes qui aident sont simples. Alternez les appuis, posez un pied sur un marchepied bas et changez de pied régulièrement, ce qui détend les lombaires. Portez des bas de contention dès le matin, et des chaussures stables, un peu larges, à petit talon. Asseyez-vous dès qu'une tâche le permet, et demandez un tabouret haut si votre poste n'en a pas : c'est un aménagement courant.
Les jambes lourdes et les chevilles gonflées en fin de journée sont fréquentes ; les jambes surélevées le soir et la marche les soulagent. Une douleur dans un seul mollet, chaud et rouge, ne l'est pas : on consulte le jour même. Si la station debout devient pénible malgré tout, parlez-en au médecin du travail plutôt que de serrer les dents.
Travailler enceinte : les pauses qui comptent vraiment
La pause utile, c'est le changement de position : toutes les heures, levez-vous si vous étiez assise, asseyez-vous si vous étiez debout, et marchez deux minutes. Profitez-en pour boire : la soif arrive tard, et l'eau régulière vaut mieux que de grandes quantités d'un coup. Assise, faites tourner les chevilles et basculez le bassin d'avant en arrière quelques fois ; debout, montez sur la pointe des pieds. Et au 1er trimestre, quand la fatigue est écrasante, une micro-sieste de dix minutes n'a rien de honteux.
Télétravail enceinte : les mêmes règles, un vrai poste
Le télétravail soulage les trajets, mais il piège par le canapé. Les règles ne changent pas : une vraie table, une vraie chaise, l'écran à hauteur des yeux, et les pauses toutes les heures, qui disparaissent facilement sans collègues ; un rappel sur le téléphone fait l'affaire. Le télétravail n'est pas un droit automatique pendant la grossesse ; il se négocie avec l'employeur, et le médecin du travail peut appuyer la demande.
Aménagements du poste quand on travaille enceinte : ce que vous pouvez demander
Vous pouvez demander une visite au médecin du travail à tout moment de la grossesse, sans passer par votre employeur. Il peut recommander un aménagement de poste (siège, charges, horaires, pauses), une affectation temporaire à un autre poste si votre état de santé l'exige, sans baisse de rémunération, et un passage en poste de jour si vous travaillez de nuit. Les postes exposés à certains produits chimiques, aux rayonnements ou au port de charges répété ont des règles particulières. Beaucoup de conventions collectives prévoient en plus une réduction du temps de travail quotidien pour les femmes enceintes : demandez à vos ressources humaines ou à vos représentants du personnel.
Ces droits supposent que votre employeur connaisse votre grossesse : la page annoncer sa grossesse au travail explique quand et comment. Pour le détail des règles, le site service-public.fr fait référence ; nous n'y donnons ici que des repères généraux. Et si la fatigue ou une pathologie rend le travail impossible avant le congé, votre sage-femme ou votre médecin peut prescrire un arrêt, puis le congé pathologique prénatal de 14 jours.
Et l'ostéopathe ? Le dos, les cervicales et le bassin de la journée de travail
Travailler enceinte, c'est répéter la même posture huit heures par jour : c'est précisément ce que le corps tolère le moins pendant la grossesse. L'ostéopathe commence par un bilan de ce que votre poste a figé : les lombaires et le bassin (sacro-iliaques, symphyse) chez celles qui restent assises, les chevilles, les hanches et le dos chez celles qui restent debout, les cervicales, les épaules et les poignets chez celles qui tapent toute la journée. Il redonne de la mobilité là où ça coince, par des techniques douces, sur le côté ou semi-assise, sans aucun appui sur le ventre, et libère le diaphragme (le muscle de la respiration).
La séance se termine par des conseils concrets pour votre poste : comment régler la chaise, où placer l'écran, les trois mouvements à faire toutes les heures (bascule du bassin assise, rotation des chevilles, étirement doux des cervicales), comment se lever sans se cambrer et comment sortir de voiture. Une séance vers 20 SA, une vers 28 SA, et une avant le congé maternité, avec des séances rapprochées si une douleur s'installe : voir quand consulter.
Preuve · méta-analyse Sur la lombalgie de grossesse, l'ostéopathie réduit la douleur et améliore la fonction avec une preuve de qualité modérée (Franke 2017 ; revue Cochrane 2015). Dans l'essai PROMOTE (400 femmes au 3e trimestre), les femmes suivies en ostéopathie ont gardé une meilleure fonction au quotidien que celles suivies de façon habituelle.
Au cabinet. Sarah, 28 ans, enceinte de 25 SA, comptable, huit heures par jour devant deux écrans. Bas du dos douloureux dès le milieu d'après-midi, cervicales raides le soir. Bilan du bassin, des lombaires et des cervicales, travail doux du diaphragme et des épaules, réglage de son poste à partir d'une photo, et trois mouvements à faire toutes les heures. « J'ai surtout compris que je m'asseyais au bord de ma chaise depuis des semaines. » Prénom modifié, avis publié sur Google.
Quand appeler la maternité avant tout
Ces signes demandent un avis médical le jour même. Ce n'est pas l'ostéopathie qui est en cause : c'est le signe qu'il faut vérifier d'abord.
- Contractions régulières et douloureuses avant 37 SA
- Saignements, quelle que soit la quantité
- Perte de liquide clair et continue (rupture de la poche des eaux)
- Maux de tête violents avec troubles de la vue, gonflement brutal du visage ou des mains, douleur « en barre » sous les côtes (signes de pré-éclampsie)
- Mollet douloureux, chaud, rouge d'un seul côté (phlébite)
- Bébé qui bouge nettement moins ou plus du tout (après 24 SA)
Une fois le feu vert donné, l'ostéopathe peut vous accompagner comme n'importe qui d'autre.
Vos questions
Au travail, comment m'installer ?
Dos calé, pieds à plat, se lever toutes les heures ; debout : alterner les appuis, bas de contention. Assise, reculez-vous à fond sur la chaise, réglez-la pour que les genoux soient à hauteur des hanches, placez l'écran à hauteur des yeux et posez les avant-bras. Debout, un pied sur un marchepied, un tabouret haut à portée de main, des chaussures stables. Dans les deux cas, le changement de position toutes les heures compte plus que la perfection du réglage. Si une douleur s'installe malgré tout, le médecin du travail peut aménager le poste, et l'ostéopathe peut travailler le dos et le bassin.
Je travaille debout toute la journée : comment tenir jusqu'au congé ?
En obtenant de quoi s'asseoir, et en soutenant les jambes. Demandez un tabouret haut ou un siège assis-debout : c'est un aménagement simple que le médecin du travail appuie volontiers. Portez des bas de contention dès le matin, posez un pied en alternance sur un marchepied, et asseyez-vous à chaque pause, jambes surélevées si possible. Fractionnez les tâches lourdes et déléguez le port de charges. Si malgré cela la journée devient trop pénible, demandez une visite au médecin du travail : une réduction d'horaires, une affectation temporaire ou, sur avis médical, un arrêt sont possibles. Tenir à tout prix n'est pas un objectif.
Jusqu'à quand puis-je travailler enceinte ?
Jusqu'au début du congé maternité, soit 6 semaines avant la date prévue d'accouchement pour un premier ou un deuxième enfant, si tout va bien. Vous pouvez demander à reporter jusqu'à 3 semaines de ce congé prénatal après la naissance, avec l'accord de votre médecin ou de votre sage-femme. À l'inverse, si la fin de grossesse est difficile, un congé pathologique de 14 jours peut être prescrit avant le congé prénatal. Les dates exactes dépendent de votre situation : la page congé maternité et le site service-public.fr donnent le détail.
Un dos ou des cervicales qui n'en peuvent plus de votre poste ? Faisons le point.
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Rédigé par Aloïs Ruetsch, ostéopathe D.O. (CEESO Paris), fondateur du cabinet Pôle Ostéo à Nice. 15 ans de pratique, plus de 10 000 consultations, membre du SFDO.
Relu par un ostéopathe du cabinet · Mis à jour le 30 octobre 2026
- Assurance Maladie (ameli.fr), rubrique Grossesse : « Travailler pendant la grossesse », « Mal de dos pendant la grossesse », « Congé maternité ».
- service-public.fr, « Grossesse d'une salariée : quelles sont les règles ? » (médecin du travail, aménagement de poste, travail de nuit).
- Haute Autorité de Santé, « Suivi et orientation des femmes enceintes en fonction des situations à risque ».
- Franke H. et al., méta-analyse, J Bodyw Mov Ther 2017 — doi.org/10.1016/j.jbmt.2017.05.014
- Liddle S.D., Pennick V., revue Cochrane 2015 — doi.org/10.1002/14651858.CD001139.pub4
- Hensel K.L. et al., essai PROMOTE, Am J Obstet Gynecol 2015 — doi.org/10.1016/j.ajog.2014.07.043
Les informations de ce site complètent le suivi de votre grossesse par votre sage-femme ou votre médecin et ne le remplacent pas. En cas de doute, appelez votre maternité.